Novembre au streamer.
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Les streamers sont en aucun doute les mouches les plus efficaces dans l’hexagone pour la pêche en lac. Parfois basés sur l’imitation des proies vivantes ou simplement destinés à déclencher un réflexe instinctif des truites, le pêcheur doit avoir quelques repères pour en faire une bonne utilisation…

Imitatifs, incitatifs : quelle différence?
Dans son livre «flies for trout» Dick Steward explique : «Il n’est plus un secret pour le pêcheur de truite de lac que les plus gros spécimens s’intéressent aux streamers. Donner le choix à une belle truite entre un vairon et une mouche de mai, elle prendra à coup sûr le premier.» Entre la définition du verbe imiter : reproduire l’allure, le comportement et les synonymes du verbe inciter : pousser vivement, engager, entraîner, le pêcheur de réservoir doit faire un choix. Mais il est toujours difficile de dire quels éléments déterminent l’efficacité de tel ou tel modèle de streamer. Nombreuses sont les artificielles qualifiées de streamers qui ne ressemblent que peu ou prou aux habitants de nos eaux closes. Et cela se complique encore un peu lorsqu’une mouche classique comme la Montana est tout à la fois une nymphe ou un streamer selon que l’on utilise un modèle n°12 tige courte ou n°6 tige longue. La seule vérité est que cette mouche prend du poisson et quelle en prendra encore pendant très longtemps. C’est sans doute parce qu’elle représente pour les truites de réservoir quelque chose de comestible! Le célèbre pêcheur américain Gary Lafontaine avoue dans ces écrits : « en 1974, le seule modèle de mouche qui garnissait ma boite était le Muddler Minnow dans différentes tailles et lestages. Depuis les choses ont changé…». Il ajoute aussi que «lorsque les truites de lac ne sont pas fixées sur une proie particulière, un streamer générique plutôt qu’imitatif fonctionne très bien ».
Le terme générique employé par cet auteur prolifique définit bien les qualités d’un bon streamer qui doit induire l’attaque du poisson. Soit la mouche imite une proie réaliste présente dans un plan d’eau donné, soit elle déclenche un réflexe agressif de la truite. Dans les deux cas le pêcheur a réussi à tromper le poisson. La meilleure manière de procéder consiste donc à alterner les deux techniques de pêche voir à monter sur le bas de ligne une mouche de chaque type, l’incitative jouant toujours le rôle prépondérant de «teaser».

Savoir s’adapter aux eaux…..
Difficile de parler de pêche imitative dans un plan d’eau stérile ou rien ne remue à part les truites quotidiennement déversées. Ici la pêche ne présente pas d’intérêt à part peu être celui de l’apprentissage du maniement d’une canne. Tous les types de streamers vont fonctionner dans ces lieux. Il n’y a sans doute que les lacs d’altitude qui ne permettent pas la reproduction des poissons blancs qui colonisent la majorité des plans d’eau dédiés à la pêche de la truite à la mouche. Les eaux closes françaises voient plutôt leur population en poisson fourrage augmentée chaque année à cause d’un inexorable processus de réchauffement qui s’est mis en marche il y a quelques années déjà . Ce n’est pas les fortes chaleurs de ces dernières années qui viendront contredire mes propos. Les lacs riches, en eau depuis plusieurs années, bordés d’une ripilsyve importante sont de loin les plus passionnant à pêcher. Souvent les truites y vivent toute l’année et savent déterminer avec précision ce qu’elles consomment. Que vous pratiquiez dans de petites pièces d’eau artificielles, lacs de barrage ou lacs naturels, tous abritent la plupart du temps d’autres poissons et invertébrés qui servent de repas aux truites de réservoir même si elles sont déversées par la main de l’homme avec plus ou moins de régularité. Il faut ajouter que dans notre pays les truites de lac sont plutôt difficiles sans doute à cause du No kill très pratiqué. Lors d’un passage en France, John Lindsey membre de l’équipe d’Angleterre m’avait confié : «Ici en pêchant au streamer les touches sont souvent discrètes et difficiles à détecter surtout en soie plongeante. Dans nos réservoirs les truites vous arrachent la ligne des mains. C’est très différent!» John Lindsey pratiquait ce jour là avec de petits streamers noirs type «tadpole» (têtards) dont le montage simpliste était constitué d’un corps en chenille noir et d’une queue en marabout de la même teinte. Ce streamer générique était travaillé de manière très imitative en récupérant doucement la ligne par tricotage de la main gauche.

Les mouches vont avec les saisons…
Dans un plan d’eau où les truites s’alimentent naturellement, le cycle des saisons influe sur le comportement des poissons puisqu’il fait varier le type et la quantité de nourriture à disposition. Rien ne sert de manier un booby orange à vive allure près du bord à lors que des nuées de têtards grouillent entre les tiges de carex au printemps. Une truite «toute neuve» se fera peut être prendre mais «les résidentes» risquent d’être moins tolérantes! Disons globalement que si les streamers incitatifs peuvent prendre des truites toute l’année, les modèles imitatifs trouveront leur amplitude maximum en automne, au printemps et dans une moindre mesure en été. Un exemple : dans le lac salé d’Oostvoornse Meer aux portes de Rotterdam, les truites arc-en-ciel qui prospèrent se prennent au printemps, en été et en automne à l’aide d’imitations de gobies, de chabots et d’épinoches alors qu’au creux de l’hiver les boobies roses et oranges deviennent indispensables. La pêche incitative semble donc particulièrement dédiée à la période froide hivernale. D’autres spécialistes des réservoirs comme le journaliste anglais Peter Gathercole ne jure que par le dicton : «go sombre in clear water» (pêcher sombre en eau claire). Pour lui la teinte de la mouche est plus importante que le type de montage. A voir ces tableaux de pêche, cela lui réussit bien!

Les récupérations aussi!
Selon Tony Curtis membre de l’équipe d’Angleterre : «Les poissons se pêchent très lentement en hiver voir parfois de manière presque statique!» En effet des streamers incitatifs comme les «boobies» aux yeux démesurés en mousse flottante sont particulièrement efficaces tricotés à la vitesse d’un escargot. L’eau froide voit peu de proies se déplacer à grande vitesse pendant cette période de l’année. En revanche, une récupération vive et saccadée à la belle saison à l’aide de streamers imitatifs favorise grandement le nombre des touches. L’eau plus chaude des lacs fait que toute la faune est en plein boum, et la «circulation tout azimut bat son plein!»
D’ailleurs John Lindsey explique : «J’ai remarqué à plusieurs reprises qu’après quelques minutes de wading, dans les sédiments soulevés par mes waders les truites prenaient bien un streamer dont la nage devait être très nerveuse jusqu’au dernier moment! » Attention cela ne veut pas dire que pour prendre des truites aux beaux jours il suffit de manier à grande vitesse un leurre sombre! Il y a des nuances mais le pêcheur devra concentré son attention non seulement sur le choix de son type de streamer mais aussi sur la manière dont il le fait évoluer. C’est souvent la clé du succès.

A chacun ses couleurs.
Non seulement les streamers imitatifs et incitatifs sont différents dans leur manière de convaincre les truites mais ils le sont aussi par leurs teintes. Les dominantes imitatives sont le noir (têtards, sangsues…), l’olive (damsels, dragonflies…), et le blanc (alevin, fretin). Dans une moindre mesure le marron peut servir aussi à une imitation précise. Le noir arrive depuis longtemps en tête des couleurs préférées des truites d’ailleurs le spécialiste William Bergard avoue utiliser dès le printemps un mini streamer noir monté en taille 16 . Cette mouche légèrement plombée est travaillée au ralenti juste sous le nez des truites en maraude. Montée sur une soie flottante ou intermédiaire : «Ce streamer doit être tricoté le plus doucement possible. Il ressemble à un têtard et les truites la refusent rarement ». L’olive est la couleur de base de toutes les nymphes de libellules et de demoiselles. Le blanc n’a pas son pareil pour séduire ce que les britanniques baptisent «fry feeders» (mangeuses de fretin). Bruno Chinellato pêcheur passionné de réalisme dans la construction des ses mouches, pratique en lac avec une imitation d’alevin très ressemblante : «En automne, dans les plans d’eau sauvages, cette méthode de pêche est très efficace sur les plus beaux poissons qui chassent les alevins.» Toutes les autres teintes serviront à créer des streamers incitatifs parce qu’il est quand même rare de croiser des sangsues rose fluo dans la nature! Les variantes d’orange et de corail sont parfois à mis chemin entre l’imitatif et l’incitatif surtout lorsque les streamers servent à décider les truites qui se gavent de daphnies très présents dans les grands lacs anglais. Malgré leur redoutable efficacité, ces mouches souvent montées en chenille «fritz» sont loin d’une imitation réaliste!

Savoir prendre le contre-pied
Comme dans toutes les méthodes de pêche chaque règle à son exception. J’ai eu la chance d’observer pendant plusieurs heures le grand champion anglais Baz Reace lors d’un championnat d’Europe. Alors que tout le monde y compris ses coéquipiers utilisaient des petites mouches sombres sur des lignes intermédiaires, Baz, fort d’une très longue expérience dans les réservoirs britanniques a monté contre toute attente une soie S7 et un trio de sparklers : «J’avais du retard au classement ce matin, et il fallait à tout prix que je prenne plus de poissons que les autres. J’ai utilisé un truc qui marche bien chez nous et cela a fonctionné!» Il fallait voir ce pêcheur doué, compter dans sa tête la descente de sa soie et récupérer avec rigueur ses mouches très brillantes. D’après lui les sparklers qui sont des streamers très incitatifs ont eu raison des truites récalcitrantes qui commençaient à s’accoutumer aux modèles plus classiques. Sans sourciller et avec un flegme bien britannique, «le bougre» mit à l’épuisette plusieurs doublés de gros poissons pendant 3 manches de suites pour se retrouver à la seconde place individuelle. Son explication : «J’ai fait venir les truites de loin et j’ai eu de la chance.» A méditer!

Laurent Guillermin

 




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